" Noirmoutier... Oyez, oyez "

NOIRMOUTIER

Oyez, oyez ,braves gens ce qu'un écrivaillon vous raconte sur une île qu'il adore.

Ce n'est pas une île des mers du Sud, une qui pourrait vous faire rêver avec ses eaux de bleu profond, et ses plages bordées de cocotiers. Non, c'est une île toute simple qui a vécu longtemps loin du tourisme, mais c'est elle qui a bercé mon adolescence, là où j'ai fondé famille, là où sont mes amis. C'est Noirmoutier. Noirmoutier qui m'a phagocyté !

Admirez sa plage de sable fin qui s'étire sur des kilomètres dans la douceur des jours d'été, laissez vous bercer par le ressac de l'océan, appréciez l'air iodé mêlé des senteurs des pins. Vol de tourterelles dans le ciel d'azur, douceur de la brise qui charrie des bouffées de mimosa, tout est quiétude au printemps. Voyez ces maisons blanches et ces moulins qui montent la garde en haut des dunes.

Dans l'errance de mes souvenirs, je me revois adolescent à Barbâtre, aller à la plage, courant pied nus dans le chemin sablonneux. Le ciel n'est entaché d'aucun nuage. La journée promet d'être chaude, au dessus des dunes un trait bleu dessine l'océan.
J'accélère l'allure ; le dernier rempart qui me sépare de la plage est franchi. A bout de souffle, haletant, je m'affale sur le sable déjà chaud. Allongé sur le dos, mes yeux se perdent dans l'immensité du ciel, plus loin toujours plus loin, à en avoir le vertige ! Les battements de mon cœur se calment. Pas un bruit seul le ressac de la mer berce ma rêverie… Je flotte… Les minutes s'écoulent dans la douceur marine. Je secoue mon corps qui commence à s'alanguir. La mer m'accueille. Je plonge, saisissement de froid, l'eau caresse mes épaules… Plaisir de se sentir vivre !

Retour à la maison par les dunes. Mes pieds écrasent les lichens rugueux et les immortelles qui embaument l'air de leur parfum lourd et enivrant. Arrivé à la forêt de pins, je m'autorise une halte, histoire de me débarrasser des derniers grains de sable qui me collent à la peau. Dans un rayon de soleil une abeille bourdonne. De temps en temps, l'écorce d'un arbre crépite. L'odeur de résine chatouille mes narines. Un battements d'ailes furtives ou le bruit sourd d'une pomme de pin qui tombe rompt le silence ouaté de la forêt qui sommeille sous la chaleur du midi.

Dans le fatras de mes souvenirs des images surgissent et se bousculent. Je revois ces femmes coiffées de leur quichenotte et tous ces anciens affublés chacun d'un surnom… Saboulotte, Pépin, Sissi la lune et combien d'autres…
Au sujet de Sissi la lune, tout le monde du pays se rappelle de l'anecdote du "parisien" qui poliment dit : « Bonjour monsieur Sissi la lune » et notre noirmoutrin lui répondre « Sissi vous remercie mais la lune vous emm… »

Je n'oublierai jamais l'odeur des paillers qui occupaient les cours des petites fermes et le caquètement des poules et de leurs œufs cachés dans la paille. En ce temps là, la plus parts des maisons avaient leur mat qui abritait le poisson qui séchait à l'abris des mouches. Cela me rappelle les pêches à la senne, une pêche en particulier où de nuit, adolescent, je ramassais les poissons pris dans le filet. Pour seule lumière de la lune, parmi le goémon, je distinguais les formes blanchâtres des soles et autre "raitillons". J'étais tout excité et triais au plus vite toute ces choses frétillantes quand tout à coup une décharge électrique m'envoya en l'air sous les éclats de rire des deux autres pêcheurs qui avaient prévu le coup. En effet j'avais mis la main sur un dalitte, sorte de raie électrique.

Même en hiver, j'aime mon île quand le vent souffle en rafales, apportant avec lui toutes les senteurs marines, quand les mouettes piaillent et luttent dans un ciel plombé, quand la mer gronde charriant des paquets de goémon et lâche des lambeaux d'écume qui montent à l'assaut des dunes, quand dans la lumière blafarde de l'horizon toute une palette de gris accroche la crête des vagues, quand dans la tempête, le ciel, la mer, la terre, tout se confond dans le rugissement du vent.
Le vent, ah celui-ci, on ne peut l'oublier. Il vous habite tellement que lorsque vous êtes sur le continent il vous semble que le pays sommeille.

Bien des choses on disparu au fil du temps mais il reste ces maisons basses à la peinture blanche qui, il y a des années, étaient blanchies à la chaux. Les charreaux ont fait place à des rues, les champs de blés sont devenus des résidences mais la douceur du climat et les parfums océaniques serons toujours là. Au printemps on pourra toujours respirer l'odeur des mimosas et entendre les roucoulements amoureux des tourterelles.

En écrivant ces quelques mots, la chanson noirmoutrine "Auprès de ma blonde" me trotte dans la tête. C'est peut être elle, la source de mes souvenirs.
Au 18ème siècle, un parent du gouverneur de Noirmoutier, lieutenant dans la marine royale de Louis XIV avait écrit cette chanson durant sa captivité en Hollande… souvenirs heureux des jours passés dans l'île…

René Biron